Pourquoi chercher des coins nature méconnus en France ?
Ras-le-bol des parkings saturés, des points de vue transformés en files d’attente pour selfie et des sentiers qui ressemblent à des autoroutes ? La bonne nouvelle, c’est qu’en France, il reste encore beaucoup d’endroits sauvages, peu fréquentés, où l’on peut marcher des heures sans croiser grand monde.
Le revers de la médaille : ces destinations demandent souvent un peu plus d’organisation. Moins de transports directs, peu de commerces, parfois aucun réseau mobile… Mais pour ceux qui aiment préparer, c’est l’assurance de vraies expériences nature.
Dans cet article, je vous propose une sélection de coins encore relativement préservés, avec pour chacun :
- comment y aller sans perdre une journée en trajet
- où dormir (et à quel budget)
- quel type d’expérience vous pouvez attendre sur place
- des conseils très concrets pour éviter les mauvaises surprises
Le plateau du Cézallier (Cantal / Puy-de-Dôme) : l’Auvergne façon steppe mongole
Coincé entre le Sancy et les monts du Cantal, le plateau du Cézallier est largement ignoré des circuits classiques. Tant mieux. Ici, pas de file indienne vers un sommet “instagrammable”, mais des immensités de pâturages, des vaches, des burons isolés et un silence presque total.
Pour quel type de voyageur ?
- Amateurs de grands espaces et de marche tranquille plutôt que de gros dénivelés
- Photographes de paysages (lumières incroyables au lever/coucher du soleil)
- Voyageurs en quête de calme absolu, en couple ou en solo
Comment y aller ?
- En train jusqu’à Clermont-Ferrand ou Issoire, puis voiture (location) obligatoire ensuite.
- Temps de trajet indicatif depuis Paris : environ 4 h de train + 1 h 30 de route.
Où dormir ?
- Gîtes et chambres d’hôtes : autour de > Allanche, Marcenat, Anzat-le-Luguet. Budget : 55–90 € la nuit pour 2 avec petit-déjeuner.
- Petits campings communaux : très simples, rarement pleins, 10–20 € l’emplacement.
- Bivouac : possible mais à pratiquer avec bon sens (loin des troupeaux, respect du terrain, départ tôt le matin, déchets ramenés).
À faire sur place
- Randonnées en boucle autour du lac d’en Bas et du lac d’en Haut (La Godivelle).
- Balade sur l’ancienne voie ferrée entre Allanche et Landeyrat (piste très tranquille à VTT).
- Observation des oiseaux et des rapaces : jumelles conseillées.
Astuce pratique : faites le plein d’essence et de courses avant de monter sur le plateau. Les épiceries sont rares, avec des horaires parfois… créatifs.
Le Queyras secret (Hautes-Alpes) : l’alternative au parc des Écrins sur-fréquenté
Le Queyras est connu des randonneurs, mais reste encore loin du tourisme de masse qui touche certains coins des Alpes. En s’éloignant légèrement des villages principaux, on trouve des vallées entières où l’on peut marcher seul en pleine saison.
Pour quel type de voyageur ?
- Randonneurs réguliers (dénivelés parfois importants)
- Familles motivées avec ados sportifs
- Amateurs de nuits en refuge sans ambiance “usine à randonneurs”
Comment y aller ?
- Train de nuit Paris–Briançon possible, puis bus jusqu’à Guillestre–Queyras.
- Sans voiture, prévoyez de rester dans une même vallée et d’explorer à pied.
- En voiture : col de l’Izoard ou accès par Guillestre, routes de montagne mais bien entretenues.
Où dormir ?
- Petits villages comme Saint-Véran, Ceillac, Arvieux : gîtes, meublés, hôtels simples. Budget : 70–120 € la nuit pour 2 en haute saison.
- Refuges (Furfande, Fonts de Cervières…) : 50–70 € la demi-pension par personne.
- Campings nature dans les fonds de vallée, souvent calmes et ombragés.
Idées d’itinéraires “sauvages”
- Vallée des Aigues (Aiguilles, Abriès) : plusieurs lacs accessibles mais moins fréquentés que ceux autour de Ceillac.
- Tour de Furfande sur 2 jours avec nuit en refuge : vues incroyables, peu de monde en semaine.
- Sentiers balcon entre Arvieux et Château-Queyras : superbes points de vue sans difficulté technique.
Saisons à privilégier : fin juin–début juillet (avant les grosses vacances) ou septembre (lumières magnifiques, beaucoup moins de monde, attention toutefois à la fermeture progressive de certains refuges).
Le parc naturel régional du Morvan (Bourgogne) : forêts profondes et lacs tranquilles
À seulement quelques heures de Paris et de Lyon, le Morvan reste étonnamment sous le radar. Pas de grands sommets, mais des collines, des forêts épaisses, des rivières et des lacs où l’on peut encore se baigner sans être serrés comme sur une plage de la Côte d’Azur.
Pour quel type de voyageur ?
- Randonneurs occasionnels, familles avec jeunes enfants
- Amateurs de canoë, de VTT, de baignades en eau douce
- Citadins qui veulent souffler un week-end sans clarifier un budget avion
Comment y aller ?
- En train jusqu’à Avallon, Autun ou Saulieu, puis voiture recommandée pour se déplacer.
- Depuis Paris : 2 h 30 à 3 h en voiture.
Où dormir ?
- Gîtes ruraux : nombreux, souvent avec jardin. 60–100 € la nuit pour 2/3 personnes.
- Campings près des lacs (Settons, Pannecière) : 15–30 € l’emplacement.
- Chambres d’hôtes dans les villages autour de Vézelay ou Château-Chinon.
À ne pas manquer
- Tour du lac des Settons à pied ou à vélo (balade facile, possibilité de baignade ou location de canoë).
- Randonnées dans la forêt autour du Haut-Folin (point culminant du Morvan).
- Descente de la Cure ou du Chalaux en canoë pour les plus sportifs (attention, certains tronçons sont techniques).
Astuce budget : en dehors de juillet-août, beaucoup d’hébergements proposent des tarifs très attractifs. Idéal pour un grand week-end prolongé au printemps ou en septembre.
Les monts d’Arrée (Finistère) : une Bretagne brute, loin des stations balnéaires
Si vous imaginez la Bretagne uniquement avec des plages et des glaces à la sortie du port, les monts d’Arrée vont vous surprendre. Ici, ambiance landes, crêtes rocheuses, brumes et ciel changeant. C’est l’une des zones les plus sauvages de Bretagne.
Pour quel type de voyageur ?
- Amateurs de randonnée et de paysages un peu mystiques
- Voyageurs qui veulent une Bretagne différente, plus intérieure que maritime
- Photographes de nature et de ciel (météo très changeante = lumières intéressantes)
Comment y aller ?
- Train jusqu’à Morlaix, Brest ou Quimper, puis voiture (location) recommandée.
- Les monts d’Arrée se situent au cœur du Finistère, dans le parc naturel régional d’Armorique.
Où dormir ?
- Gîtes et chambres d’hôtes dans les villages de Huelgoat, Brasparts, Botmeur.
- Campings nature autour des lacs (Drennec, Saint-Michel).
- Budget moyen : 55–90 € la nuit pour 2 (hors plein été), 12–25 € pour un emplacement de camping.
Idées de balades sauvages
- Mont Saint-Michel de Brasparts (en dehors des heures de pointe, tôt le matin ou en fin de journée).
- Crêtes autour du Roc’h Trédudon et du Roc’h Trévézel : ambiance landes à perte de vue.
- Forêt de Huelgoat : chaos granitique, sentiers ombragés, nombreuses variantes possibles.
À savoir : le vent peut être très fort sur les crêtes, même en plein été. Prévoyez une couche coupe-vent dans le sac, même si vous partez sous un grand soleil.
Le massif du Jura hors stations (Doubs / Jura / Ain)
Le Jura, on le connaît pour ses stations familiales l’hiver. Mais en été et hors des zones les plus connues (Haut-Jura, cascades du Hérisson bondées en août), on trouve des combes sauvages, des forêts où l’on n’entend que les cloches des vaches, et des belvédères spectaculaires… souvent déserts.
Pour quel type de voyageur ?
- Randonneurs et trailers, amoureux de forêts et de points de vue
- Voyageurs avec chien : région très agréable pour voyager avec un animal
- Amateurs de baignades en lacs, loin des plages aménagées
Comment y aller ?
- Train jusqu’à Besançon, Dole, Lons-le-Saunier ou Saint-Claude, puis voiture.
- Depuis Lyon : 2 h de route environ jusqu’aux premiers reliefs.
Où dormir ?
- Gîtes et meublés dans les villages d’altitude (Les Rousses, La Pesse, La Chapelle-des-Bois).
- Campings à taille humaine près des lacs (Chalain, Ilay, Bonlieu – éviter août pour rester tranquilles).
- Budget : 60–110 € la nuit pour 2, 15–25 € l’emplacement de camping.
Zones plus sauvages à viser
- Haute-chaîne du Jura (côté Ain) : belvédères avec vue sur le lac Léman et les Alpes, sentiers parfois raides mais très peu fréquentés en semaine.
- Combe du Lac (Lamoura), combes et crêtes autour de La Pesse : ambiance “bout du monde”.
- Lacs plus discrets que les stars touristiques : lacs d’Ilay et du Val, accessibles à pied avec un peu de marche.
Bon à savoir : certains sentiers longent des zones d’estives avec troupeaux et chiens de protection. Renseignez-vous localement, adoptez les bons réflexes (contourner largement, tenir les chiens en laisse, ne pas traverser au milieu des bêtes).
Les gorges de la Jonte et du Tarn côté Lozère : l’option tranquille face à l’Ardèche
Les gorges de l’Ardèche sont magnifiques… et très fréquentées. Si vous cherchez l’équivalent en version beaucoup plus calme, regardez du côté des gorges de la Jonte et du Tarn, côté Lozère. Rochers spectaculaires, vautours en vol, routes de corniche avec peu de circulation en dehors des grands week-ends.
Pour quel type de voyageur ?
- Randonneurs, grimpeurs, amateurs de via ferrata
- Voyageurs motorisés (voiture ou van) : peu de transports publics
- Couples ou petits groupes d’amis aimant le plein air
Comment y aller ?
- Train jusqu’à Millau ou Mende, puis voiture indispensable.
- Temps de route : environ 2 h depuis Montpellier, 3 h 30 depuis Lyon.
Où dormir ?
- Petits campings au bord du Tarn, vers Les Vignes, Le Rozier, Sainte-Enimie.
- Chambres d’hôtes sur le causse Méjean ou causse Noir pour une ambiance très nature.
- Budget : 60–100 € la nuit pour 2, 15–30 € l’emplacement en bord de rivière.
À faire pour une vraie expérience sauvage
- Randonnée sur le causse Méjean avec vue plongeante sur les gorges de la Jonte (sentier des Vases de Sèvres et de Chine).
- Sorties canoë sur les secteurs les moins fréquentés du Tarn (hors journées de gros ponts).
- Observation des vautours depuis les belvédères, tôt le matin ou en fin de journée.
Périodes à éviter : week-ends de l’Ascension et de la Pentecôte, et première quinzaine d’août, surtout pour les activités nautiques.
Comment préparer ce type de voyage nature sans galérer
Ces destinations ont un point commun : elles ne sont pas pensées pour le tourisme de masse. C’est ce qui fait leur charme… mais aussi ce qui peut générer des imprévus si vous partez “à l’arrache”. Quelques repères concrets :
Transport et accès
- Vérifiez les horaires de bus locaux si vous voyagez sans voiture : certains ne circulent que les jours de marché ou en période scolaire.
- Anticipez le plein de carburant : dans les zones de plateau ou de causse, les stations se font rares passé 19 h.
- Gardez un plan hors-ligne (type Maps.me) : le réseau mobile disparaît vite en fond de vallée ou sur certains plateaux.
Budget indicatif par jour et par personne (hors transport jusqu’à la région)
- Campings ou bivouac + courses en supermarché : 30–45 €
- Gîte/chambre d’hôtes + pique-nique + resto simple : 70–110 €
- Refuge en demi-pension + encas : 60–80 €
Les activités nature étant souvent gratuites (randonnée, baignade, observation…), le gros du budget se joue sur l’hébergement et le transport.
Équipement minimum à prévoir
- Chaussures de rando déjà faites à votre pied (pas neuves) ou bonnes baskets de trail pour les terrains faciles.
- Vêtements en système 3 couches (tee-shirt respirant, polaire, coupe-vent/imperméable).
- Petite pharmacie perso : pansements pour ampoules, anti-douleurs, désinfectant, pince à tique.
- Gourde(s) totalisant au moins 1,5 à 2 L par personne, voire plus en été.
- Lampe frontale (indispensable si bivouac ou retour tardif).
Voyager “sauvage” sans oublier le respect des lieux
Dernier point, mais pas le moins important : si ces coins restent préservés, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas encore subi les comportements qu’on observe hélas dans d’autres régions.
Quelques règles simples peuvent vraiment faire la différence :
- Rester sur les sentiers balisés quand c’est demandé (protection de la faune, des cultures, des zones d’érosion).
- Redescendre tous ses déchets, y compris mouchoirs, filtres à café, trognons de pomme (oui, dans certains milieux, ça met longtemps à disparaître).
- Respecter le silence tôt le matin et le soir, surtout en refuge et en camping nature.
- En bivouac : installer la tente tard, partir tôt, ne pas faire de feu en pleine nature (risque d’incendie énorme en été).
La vraie bonne nouvelle, c’est que ces destinations demandent un peu plus d’effort… ce qui filtre naturellement les envies de tourisme “consommation”. Pour ceux qui aiment préparer, s’équiper un minimum et marcher, la France offre encore une multitude de coins bruts, authentiques, où l’on peut vivre des expériences vraiment sauvages à quelques heures de train ou de voiture.
À vous de choisir quel type de “bout du monde” vous correspond le mieux : plateaux d’Auvergne, crêtes jurassiennes, landes bretonnes ou gorges lozériennes. Et d’y aller, surtout, avant que ça ne devienne à la mode.














