Pourquoi viser les îles accessibles sans avion ?
Envie d’eau transparente, de criques et de petits ports… sans passer par la case aéroport ? C’est possible, et souvent plus agréable qu’on ne l’imagine. En Europe, de nombreuses îles sont accessibles en train, bus ou voiture + ferry depuis la France. Résultat :
- un bilan carbone bien plus léger qu’un vol aller-retour,
- moins de stress (pas de contrôle de sécurité, pas de poids de bagage à surveiller),
- et souvent une vraie impression de voyage « progressif » : on voit le paysage changer, on arrive au port plutôt que dans une zone industrielle.
Dans cet article, je vous propose un tour d’horizon d’îles européennes accessibles sans prendre l’avion, avec à chaque fois :
- les meilleurs accès depuis la France,
- des idées de durées de séjour,
- un ordre de prix indicatif transport,
- et le type de voyageur pour qui la destination est vraiment adaptée.
Bien préparer un voyage insulaire sans avion
Avant de passer aux îles en elles-mêmes, quelques points pratiques à avoir en tête :
- Anticipez les ferries : les liaisons sont parfois saisonnières, avec des jours sans traversée en basse saison. Vérifiez toujours les horaires aller ET retour avant de bloquer votre hébergement.
- Comparez le train + ferry au covoiturage + ferry : en solo, le train est souvent plus économique et écologique. À 3 ou 4, la voiture peut devenir plus intéressante financièrement, surtout pour les îles où il faut rouler ensuite (Corse, Sardaigne, Sicile).
- Voyagez léger : sur une île, on se déplace souvent à pied, à vélo ou en bus. Un sac à dos de 40 L suffit largement pour 1 à 2 semaines.
- Pensez à l’assurance annulation : en cas de mer très agitée, certaines traversées peuvent être annulées ou retardées. Vérifiez les conditions de modification de vos billets.
- Regroupez les billets : un Paris–Barcelone + Barcelone–Majorque réservé à part peut coûter beaucoup plus cher qu’un Paris–Barcelone acheté tôt + un ferry de nuit réservé en avance. Plus vous anticipez, plus les prix restent raisonnables.
Îles françaises : la solution la plus simple (et souvent la plus douce)
Pour un premier voyage insulaire bas carbone, rester en France est la solution la plus simple : liaisons régulières, langue, couverture santé, pas de conversion de devise.
Belle-Île-en-Mer : Bretagne sans voiture (ou presque)
Profil : randonneurs, amoureux de côtes sauvages, séjours de 3 à 7 jours.
Accès sans avion depuis Paris :
- Train Paris–Auray (environ 3h, à partir de 35–60 € AR si réservé tôt).
- Bus ou taxi Auray–Quiberon (45 min environ).
- Ferry Quiberon–Le Palais (Belle-Île) : 45 min, à partir de 20–30 € AR piéton selon saison.
Faut-il prendre la voiture ? Honnêtement, non. En été, Belle-Île se parcourt très bien :
- à pied, via le sentier côtier (GR340),
- à vélo (électrique conseillé, ça grimpe),
- avec le réseau de bus insulaires.
Budget transport indicatif depuis Paris, 1 personne, sans voiture : 120–180 € AR tout compris (train + bus + ferry) si vous réservez en avance.
À faire sur place :
- tour de l’île à pied ou en plusieurs boucles (longe de falaises, plages, petits hameaux),
- loc de vélo 1 à 3 jours pour explorer l’intérieur,
- Port-Coton, Sauzon, Donnant pour les paysages les plus spectaculaires.
Île de Ré : douceur atlantique à vélo
Profil : familles, couples, fans de vélo et de marchés, séjours 4 à 10 jours.
Accès sans avion depuis Paris :
- Train Paris–La Rochelle (environ 3h, billets dès 40–70 € AR si anticipation).
- Bus ou navette depuis la gare jusqu’à l’Île de Ré (Saint-Martin, La Flotte, etc.) ou location de vélo dès La Rochelle pour traverser le pont (piste cyclable dédiée).
Pourquoi c’est pratique sans voiture :
- réseau de pistes cyclables très développé,
- distances raisonnables entre villages,
- nombreuses locations de vélos avec remorque pour enfants.
Budget transport indicatif depuis Paris, 1 personne : 80–150 € AR train + 10–20 € bus/navette.
À faire :
- tour de l’île à vélo sur 2 ou 3 jours,
- balade à marée basse vers le phare des Baleines,
- dégustation d’huîtres dans les cabanes ostréicoles.
Porquerolles : eau turquoise, accès 100 % transport public
Profil : amateurs de criques, snorkelling, courts séjours 3–5 jours.
Accès sans avion depuis Paris :
- Train Paris–Toulon ou Hyères (environ 4h30, dès 60–100 € AR en anticipant).
- Bus ou navette jusqu’à la Tour Fondue (presqu’île de Giens).
- Navette maritime Tour Fondue–Porquerolles (15 min, environ 25–35 € AR).
Sur place, pas de voitures pour les visiteurs, seulement :
- vélos (classiques ou électriques),
- sentiers de randonnée balisés,
- plages facilement accessibles à pied.
À prévoir : hébergements chers en haute saison. Pour réduire le budget, beaucoup choisissent de dormir à Hyères ou à Giens et de venir à la journée.
Ouessant et les îles du Ponant : l’impression de bout du monde
Profil : randonneurs, amoureux d’ambiances sauvages, séjour 2 à 5 jours.
Accès sans avion pour Ouessant :
- Train jusqu’à Brest (3h40 depuis Paris, billets dès 70–120 € AR).
- Navette bus ou taxi jusqu’au port du Conquet (ou Brest selon saison).
- Ferry jusqu’à Ouessant (1h15 à 2h, autour de 30–40 € AR piéton).
Sur place : l’île se parcourt très bien à vélo (avec un bon coupe-vent), ou à pied via les sentiers côtiers. Ambiance « fin du monde » garantie, surtout hors été.
Corse : l’île de Beauté en train + ferry
Profil : road-trip sans avion, rando (GR20 ou randos à la journée), séjours 1 à 3 semaines.
Accès sans avion depuis le sud de la France :
- Train ou bus jusqu’à Marseille, Toulon ou Nice.
- Ferry de nuit vers Ajaccio, Bastia, l’Île-Rousse ou Porto-Vecchio.
Exemple de trajet depuis Paris :
- Paris–Marseille en train (3h15, dès 70–130 € AR en anticipant),
- ferry de nuit Marseille–Ajaccio (environ 11h, cabine confortable à partir de 80–120 € AR/pers selon saison).
Voyager sans voiture en Corse, c’est jouable ?
Oui, mais à condition de :
- se concentrer sur 1 ou 2 zones (Balagne, Ajaccio–Propriano, Corte) plutôt que d’essayer de faire tout le tour,
- utiliser les trains corses (spectaculaires entre Bastia, Corte et Ajaccio),
- compléter avec quelques trajets en bus locaux ou transferts organisés pour les randonnées.
En couple ou en famille, si vous partez plus de 10 jours, amener votre voiture sur le ferry peut devenir intéressant financièrement. Mais côté carbone, le combo train + location ponctuelle gagne largement face à l’avion + voiture.
Îles Anglo-Normandes : dépaysement british à quelques heures de la France
Profil : amateurs d’ambiances « so British », randonneurs, séjours 4 à 7 jours.
Jersey, Guernesey et leurs petites sœurs (Sercq, Herm) sont toutes accessibles par ferry depuis la Manche.
Accès sans avion :
- Train jusqu’à Saint-Malo ou Granville (3h15–3h30 depuis Paris),
- ferry pour Jersey ou Guernesey (1h20 à 2h selon la liaison, à partir de 80–150 € AR).
Ambiance sur place :
- paysages de falaises, plages de sable, petites criques,
- panneaux en anglais, bus publics efficaces,
- sentiment de « changer de pays » sans avion ni décalage horaire.
Budget transport depuis Paris, 1 personne : autour de 200–280 € AR (train + ferry), selon période et anticipation. La vie sur place est plutôt chère (niveau Royaume-Uni), à intégrer dans le budget global.
Baléares sans avion : Majorque ou Minorque via Barcelone
Profil : amoureux de criques méditerranéennes, randonneurs (GR221 à Majorque), séjours 7 à 14 jours.
Accès sans avion depuis Paris :
- Train Paris–Barcelone (environ 6h30 en direct, à partir de 90–180 € AR si vous réservez tôt).
- Ferry Barcelone–Palma de Majorque ou Ciutadella/Mahon (Minorque) : 6 à 8h, souvent de nuit.
Astuce : les ferries de nuit permettent de « gagner » une nuit d’hébergement. Avec une cabine partagée, on voyage dans des conditions similaires à un train de nuit, avec en bonus l’arrivée au lever de soleil sur le port.
À Majorque, sans voiture :
- réseau de bus correct entre Palma et les principaux villages (Sóller, Pollença, Alcúdia),
- ligne de train historique Palma–Sóller, pratique pour accéder à la Serra de Tramuntana,
- possibilité de randonner structuré via le GR221 en s’organisant avec quelques navettes ou taxis locaux.
À Minorque, sans voiture :
- réseau de bus plus limité, mais suffisant en été pour relier les plages principales,
- Idéal si vous choisissez une base centrale (Ciutadella ou Mahón) + quelques excursions à la journée.
Budget transport depuis Paris, 1 personne : 250–400 € AR (train + ferry + cabine), très variable selon la saison et l’anticipation.
Sardaigne : l’option méditerranéenne encore peu exploitée sans avion
Profil : road-trip, plages, villages, séjours 10 à 15 jours minimum.
Accès sans avion :
- Train ou covoiturage jusqu’à Toulon, Nice ou Marseille.
- Ferry de nuit vers Porto Torres, Olbia ou Cagliari (10 à 12h selon lignes).
Sans voiture, la Sardaigne est possible mais moins fluide que la Corse : réseau de bus correct mais parfois rare hors saison, distances plus grandes. Idéalement :
- soit vous prenez le ferry avec votre voiture (rentabilisé à 2–4 personnes),
- soit vous organisez un séjour centré sur 1 ou 2 zones accessibles en train/bus (par exemple Alghero + côte nord-ouest).
Sicile et îles Éoliennes : le grand voyage bas carbone
Profil : voyageurs prêts à accepter un long trajet, amateurs de volcans, de patrimoine et de séjours d’au moins 2 semaines.
Accès sans avion le plus cohérent :
- Train Paris–Milan, puis Milan–Rome ou Milan–Naples,
- train de nuit vers la Sicile (le train est embarqué sur un ferry pour traverser le détroit de Messine – une expérience en soi).
Comptez environ 20–24h de voyage depuis Paris jusqu’à Palerme ou Catane, avec une nuit dans le train. Pour un bilan carbone très faible et une vraie sensation de « traversée de l’Europe », c’est imbattable… à condition d’avoir le temps.
Pour les îles Éoliennes (Lipari, Stromboli, Vulcano) :
- Ferries fréquents depuis Milazzo (au nord-est de la Sicile),
- accessible en train régional ou bus depuis Messine ou Catane.
Et les îles grecques sans avion ?
C’est possible, mais il faut être honnête : depuis la France, on parle d’un très long trajet. Le plus logique :
- train jusqu’à Milan puis vers Bari ou Brindisi en Italie,
- ferry vers Corfou ou Patras,
- puis éventuellement un second ferry vers les îles ioniennes.
C’est une aventure en soi, qui se prête mieux à un voyage de 3 à 4 semaines avec plusieurs étapes en Italie et en Grèce continentale. Pour un simple « séjour plage d’une semaine », les options plus proches (Corse, Baléares, Sardaigne) sont nettement plus cohérentes en temps, budget et fatigue.
Comment choisir l’île qui vous convient vraiment ?
Pour éviter de vous retrouver coincé sans bus ou avec un budget explosé, posez-vous quelques questions simples avant de réserver :
- Combien de temps de trajet maximum j’accepte à l’aller ? 5h ? 10h ? 20h ?
- Est-ce que je veux/peux me passer totalement de voiture ? Si oui, privilégiez les îles avec bon réseau de bus et distances courtes (Ré, Belle-Île, Jersey, Majorque côté nord-ouest).
- Combien de jours sur place ? Pour un week-end prolongé, restez dans un rayon de 5–7h de trajet (Porquerolles, Ré, Anglo-Normandes). Au-delà d’une semaine, la Corse ou les Baléares deviennent intéressantes.
- Quel budget global ? Certains billets de ferry + cabine coûtent presque le prix d’un vol… mais vous évitez les bagages payants, les transferts aéroport et dormez à bord. Faites le calcul sur l’ensemble « porte-à-porte » pour comparer.
Quelques repères de budget transport (par personne, AR, en réservant tôt)
- Île de Ré / Belle-Île / Ouessant depuis Paris : 120–200 € (train + bus + ferry).
- Porquerolles depuis Paris : 130–220 € (train + bus + bateau).
- Anglo-Normandes depuis Paris : 200–280 € (train + ferry).
- Corse depuis Paris : 150–280 € (train + ferry, sans cabine luxe).
- Baléares depuis Paris : 250–400 € (train + ferry de nuit + cabine).
- Sardaigne depuis sud de la France : 150–300 € (train/covoit + ferry).
Ces fourchettes varient beaucoup selon la saison (juillet-août vs mai-juin) et l’anticipation (3–4 mois avant, c’est idéal).
Derniers conseils pour des vacances insulaires vraiment bas carbone
- Allongez la durée du séjour : mieux vaut une île pendant 10 jours que 3 îles en « zapping » avec des ferries tous les deux jours.
- Privilégiez la marche, le vélo et les bus sur place : sur la plupart des îles, c’est ce qu’il y a de plus agréable… et souvent de plus rapide en haute saison.
- Voyagez hors très haute saison : mai–juin et septembre–octobre offrent souvent le meilleur compromis météo/prix/fréquentation.
- Restez flexible : par mer agitée, un ferry peut être retardé. Prévoyez une petite marge (surtout pour les correspondances de train au retour).
- Évitez le « tout-inclus » très éloigné des villages : sur une île, être proche des commerces et des transports change tout pour vivre sans voiture.
En choisissant bien votre île et en acceptant que le trajet fasse partie du voyage, partir en vacances sur une île en Europe sans avion devient non seulement possible, mais surtout plus apaisant. Vous arrivez déjà en mode « slow », les épaules relâchées, prêt à profiter de la lumière, des embruns et des marchés… sans avoir traversé un terminal bondé.














