Un vol retardé de 2 heures, c’est le scénario le plus frustrant : pas assez long pour qu’on vous prenne vraiment au sérieux, mais suffisamment pénible pour bousculer votre planning, rater une correspondance ou une réunion. Alors, est-ce que 2 heures de retard suffisent pour être indemnisé ? Pas toujours… mais parfois oui, et surtout, vous avez plus de droits que vous ne le pensez.
Ce que dit vraiment la loi sur les vols retardés
En Europe, vos droits sont encadrés par le règlement CE 261/2004. Il s’applique si :
Ce règlement prévoit deux choses différentes :
C’est là que la nuance est importante : un vol retardé de 2 heures ouvre presque toujours droit à une forme d’assistance, mais pas automatiquement à une indemnisation en cash.
Retard de 2 heures : ce à quoi vous avez droit à coup sûr
La première bonne nouvelle : dès que le retard atteint un certain seuil, la compagnie doit vous assister. Pour un retard à partir de 2 heures, vous pouvez déjà prétendre à :
Ce seuil de 2 heures s’applique pour les vols :
Pour les vols plus longs, les seuils d’assistance sont plus élevés :
Donc, si votre Paris–Rome (1 100 km environ) a 2h10 de retard, vous avez droit à de quoi boire et manger, même si la compagnie ne vous parle pas spontanément de vos droits.
Indemnisation financière : ce n’est pas le retard au départ qui compte, mais à l’arrivée
Pour l’indemnisation en argent, le critère change : ce n’est plus uniquement le retard au décollage qui compte, mais le retard à l’arrivée à destination finale.
En pratique, vous pouvez prétendre à une indemnisation financière si :
Donc, si votre vol est retardé de 2 heures au départ, mais que le pilote « rattrape » une partie du temps en vol et que vous arrivez avec 2h30 de retard à l’arrivée, vous n’aurez généralement pas droit à une indemnisation en cash. Vous aurez seulement l’assistance (repas, boissons, etc.), si la compagnie a respecté la loi.
À l’inverse, si le retard au départ est affiché à 1h45 mais qu’au final vous atterrissez avec 3h10 de retard, vous pouvez potentiellement réclamer une indemnisation.
Combien pouvez-vous espérer ? Les montants par distance
Le montant de l’indemnisation est forfaitaire, en fonction de la distance parcourue, pas du prix de votre billet. Voici les montants prévus par le règlement :
Quelques exemples concrets :
À noter : si la compagnie vous réachemine sur un autre vol et que vous arrivez avec un retard un peu inférieur à 4 heures sur les longs courriers, l’indemnisation peut être réduite de 50 % dans certains cas. Mais pour la plupart des voyageurs, le calcul reste assez simple : plus de 3 heures de retard à l’arrivée, et pas de cause exceptionnelle avérée = indemnisation potentielle.
Quand un retard de 2 heures peut malgré tout donner droit à une indemnisation
Il existe quelques situations où un retard qui commence par 2 heures finit par ouvrir la porte à une indemnisation :
Exemple typique :
Vous avez réservé un Lyon–Paris–Stockholm sur le même billet, avec Air France. Le Lyon–Paris décolle avec 2h05 de retard, vous ratez le Paris–Stockholm, et la compagnie vous replace sur un vol plus tard. À l’arrivée à Stockholm, vous avez 4h30 de retard sur l’horaire initial. Là, on ne regarde plus seulement les 2 heures du premier tronçon, mais l’ensemble du voyage jusqu’à la destination finale : vous pouvez être éligible à 400 € d’indemnisation (vol intra-UE de plus de 1 500 km).
Les situations où vous ne pouvez pas être indemnisé (même si c’est rageant)
Le règlement prévoit que la compagnie n’a pas à vous indemniser si le retard est dû à des circonstances extraordinaires. Concrètement, cela inclut notamment :
En revanche, ne sont pas considérés comme extraordinaires :
Autre cas où vous ne serez pas indemnisé :
Important : même si la compagnie invoque des circonstances extraordinaires, elle doit quand même vous offrir assistance (repas, boissons, éventuellement hôtel), à partir des seuils de retard mentionnés plus haut.
Comment vérifier si votre retard ouvre droit à indemnisation
Avant de réclamer officiellement, prenez 5 minutes pour faire un mini-diagnostic :
Si, au final, vous cochez :
…vous avez de bonnes chances d’obtenir une indemnisation.
Étapes pour réclamer votre indemnisation (sans perdre des heures)
Une fois que vous avez vérifié vos droits, voici comment procéder de façon simple :
1. Rassemblez vos preuves
2. Utilisez le formulaire officiel de la compagnie
La plupart des compagnies ont une section « Réclamation / Indemnisation » sur leur site, souvent avec un formulaire spécial « Règlement CE 261/2004 ». Précisez :
Vous pouvez également joindre une phrase simple du type :
« Conformément au règlement CE 261/2004 et à la jurisprudence de la CJUE (arrêt Sturgeon), je vous demande le versement de l’indemnisation forfaitaire prévue pour un retard de plus de 3 heures, soit [montant] €. »
3. Donnez un délai raisonnable
Comptez généralement 4 à 6 semaines pour une réponse. Certaines compagnies sont plus rapides, d’autres beaucoup moins.
4. Si la compagnie refuse ou ne répond pas
Plusieurs options :
Et vos autres frais dans tout ça ?
L’indemnisation forfaitaire ne remplace pas forcément le remboursement de vos frais. Vous pouvez parfois demander, en plus :
Ces demandes sont plus aléatoires et relèvent du droit national, pas uniquement du règlement européen. Les compagnies sont plus réticentes à les accepter, mais cela vaut la peine de les mentionner si vous avez des justificatifs clairs.
À côté de ça, si vous aviez une assurance voyage ou une carte bancaire haut de gamme (Visa Premier, Gold Mastercard, etc.), pensez à vérifier :
Ces assurances fonctionnent en plus du règlement européen. On peut donc cumuler : indemnisation CE 261/2004 + remboursement de certaines dépenses par l’assurance.
Quelques réflexes pratiques à adopter en cas de vol retardé
Sur le moment, il est facile de se sentir démuni dans un terminal surpeuplé. Voici quelques réflexes simples qui peuvent vraiment faire la différence :
Un dernier conseil très concret : prenez l’habitude de noter dans vos mails ou dans une note de téléphone un mini-compte rendu à chaud (dates, heures, annonces faites, météo normale ou non). Quelques jours plus tard, les détails flous peuvent faire la différence entre un dossier accepté ou rejeté.
En résumé, un vol retardé de 2 heures ne donne pas toujours droit à une indemnisation en espèces, mais il ouvre souvent la porte à une assistance (repas, boissons) et peut devenir indemnisable si le retard final dépasse 3 heures ou s’il provoque une correspondance manquée. En connaissant ces règles et en gardant des preuves, vous transformez un aléa pénible en dossier solide… et parfois en quelques centaines d’euros récupérés après coup.

