Peut-on prendre l’avion enceinte sans mettre sa grossesse en danger ? Entre les avis de médecins, les règles parfois floues des compagnies aériennes et les histoires qu’on entend un peu partout, on peut vite hésiter à réserver son billet. Pourtant, un voyage en avion pendant la grossesse est tout à fait possible dans beaucoup de cas… à condition de respecter quelques règles simples.
Dans cet article, on fait le point de manière très concrète : ce que disent les médecins, les vrais risques (et ceux qu’on exagère), les politiques des compagnies, et toutes les précautions utiles pour voyager enceinte en étant sereine. L’objectif : vous aider à décider, en connaissance de cause, si ce trajet en avion est raisonnable pour vous, maintenant, avec VOTRE grossesse.
Important : cet article est informatif et ne remplace en aucun cas un avis médical. Avant de réserver, parlez-en à votre sage-femme ou votre gynécologue, surtout si votre grossesse est à risque ou suivie de près.
Prendre l’avion enceinte : est-ce vraiment autorisé ?
Dans la grande majorité des cas, voyager en avion en début et milieu de grossesse est autorisé, tant que la grossesse se déroule normalement et qu’il n’y a pas de contre-indication médicale.
Les principales sociétés savantes (comme le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) considèrent que :
- Prendre l’avion est généralement sans danger pour une grossesse normale.
- Le moment le plus confortable pour voyager est souvent le deuxième trimestre (entre 14 et 27 SA environ).
- À partir du troisième trimestre, il faut évaluer au cas par cas : confort, distance, antécédents, risque d’accouchement prématuré, etc.
En pratique, les restrictions viennent surtout des compagnies aériennes (par peur d’un accouchement en vol) plus que des médecins. D’où l’importance de vérifier à la fois :
- l’avis de votre professionnel de santé,
- les conditions exactes de votre compagnie (date limite de grossesse, certificat médical, etc.).
Ce que disent les médecins : les risques à connaître
Sur un vol classique, les risques pour le bébé sont très limités. Il n’y a pas de preuve que l’avion provoque des malformations, ni que la pressurisation de la cabine soit dangereuse pour un fœtus en bonne santé.
Les médecins se préoccupent plutôt de l’impact du vol sur votre corps à vous, déjà très sollicité par la grossesse.
Les principaux points de vigilance :
- Phlébite et embolie (formation de caillots) : la grossesse augmente déjà le risque de phlébite, et l’immobilité prolongée en vol ajoute une couche. C’est l’un des points les plus sérieux, surtout sur les longs courriers > 4 heures.
- Fatigue, malaises, déshydratation : air sec, position assise, chaleur, attente en aéroport… tout cela peut majorer les sensations de jambes lourdes, la tension qui chute, les maux de tête.
- Contractions : le stress ou l’inconfort d’un long trajet peuvent parfois déclencher des contractions (pas forcément dangereuses, mais à surveiller si elles deviennent régulières ou douloureuses).
- Accouchement prématuré : le vol en lui-même n’est pas une cause directe, mais prendre un avion alors qu’on a déjà un col modifié, des antécédents d’accouchement prématuré ou une grossesse gémellaire avancée, c’est augmenter le risque de devoir gérer une urgence en plein trajet ou à l’étranger.
- Rayonnements cosmiques : pour les passagers occasionnels, l’exposition est très faible. Le sujet concerne surtout les personnels navigants enceintes, pas une ou deux vacances en avion.
C’est pour tout cela qu’un médecin vous posera toujours deux questions simples :
- Votre grossesse est-elle sans complication jusqu’ici ?
- Le vol prévu est-il long, multiple, ou vers un pays où l’accès aux soins est complexe ?
Premier, deuxième, troisième trimestre : quand est-ce le plus raisonnable ?
La faisabilité du voyage dépend beaucoup du moment de la grossesse.
Premier trimestre (0–12 SA)
- En général, aucune interdiction spécifique si la grossesse est bien implantée et sans saignements.
- Le plus gros problème est souvent… le confort : nausées, fatigue, hypersensibilité aux odeurs.
- Si vous avez des saignements, douleurs inhabituelles, antécédents de fausse couche tardive ou de grossesse extra-utérine, le médecin pourra vous conseiller de reporter.
Deuxième trimestre (13–27 SA environ)
- C’est généralement le moment idéal pour voyager.
- Les nausées diminuent, le ventre n’est pas encore trop encombrant, le risque de fausse couche diminue fortement.
- Les médecins sont souvent assez ouverts aux projets de voyage, y compris moyen-courrier, tant que tout va bien.
Troisième trimestre (28 SA jusqu’au terme)
- C’est là que les choses se compliquent : le risque de travail prématuré augmente, la fatigue aussi.
- Beaucoup de compagnies refusent les femmes enceintes après 36 SA (voire plus tôt pour les grossesses multiples).
- Votre médecin peut vous déconseiller un vol si :
- vous avez un col raccourci,
- des contractions régulières,
- un risque identifié d’accouchement prématuré,
- une grossesse gémellaire avancée.
En pratique, passé 32–34 SA, un long-courrier devient rarement une bonne idée, même si la compagnie l’autorise encore sur le papier.
Dans quels cas il vaut mieux éviter l’avion enceinte ?
Les médecins sont généralement prudents (voire très prudents) dans les situations suivantes :
- Antécédents d’accouchement prématuré avant 37 SA.
- Placenta prævia (placenta bas ou recouvrant le col), surtout s’il a déjà saigné.
- Menace d’accouchement prématuré en cours (contractions, col modifié à l’examen).
- Grossesse gémellaire, en particulier à partir du troisième trimestre.
- Hypertension gravidique, prééclampsie, diabète déséquilibré ou autre complication majeure.
- Saignements inexpliqués au cours du deuxième ou troisième trimestre.
- Antécédent de phlébite ou embolie pulmonaire, ou trouble de la coagulation.
Dans toutes ces situations, un certificat de « non contre-indication au voyage » peut être refusé… et c’est un signal d’alerte à prendre au sérieux, même si la compagnie, elle, serait prête à vous embarquer.
Les règles des compagnies aériennes : ce qu’elles autorisent (et jusqu’à quand)
Chaque compagnie a sa propre politique, mais on retrouve des grandes tendances :
- Pas de restriction particulière jusqu’à 28–32 SA pour une grossesse simple et sans complication.
- Après 28–32 SA, on peut demander :
- un certificat médical récent (en général daté de moins de 7 à 10 jours avant le vol),
- un formulaire spécifique (type MEDIF) rempli par votre médecin.
- Au-delà de 36 SA (ou 32 SA pour une grossesse gémellaire), beaucoup de compagnies refusent le transport.
Quelques exemples (à vérifier toujours au moment de la réservation, les règles pouvant évoluer) :
- Air France : pas d’interdiction officielle, mais recommande d’éviter de voler après 37 SA (ou 32 SA pour les jumeaux). Peut demander un certificat si l’état de santé le justifie.
- Ryanair : autorise les vols jusqu’à 36 semaines pour une grossesse simple, 32 semaines pour une grossesse multiple. Un certificat médical peut être exigé après 28 semaines.
- easyJet : accepte jusqu’à la fin de la 36e semaine (grossesse simple) et la 32e (multiples). Pas de certificat obligatoire systématique, mais possible au cas par cas.
- Transavia, Vueling, etc. : politiques proches, avec une vigilance accrue après 28–32 SA.
Deux points importants :
- Le certificat médical (quand demandé) doit souvent préciser :
- la date présumée d’accouchement,
- l’absence de contre-indication à voler jusqu’à telle date,
- qu’il n’y a pas de risque de travail imminent.
- Les agents à l’aéroport peuvent refuser l’embarquement si l’état de la passagère semble trop avancé ou risqué, même avec un billet.
Avant de réserver, allez voir la rubrique « femmes enceintes » sur le site de la compagnie et, en cas de doute, contactez le service client par écrit pour garder une trace.
Et l’assurance voyage dans tout ça ?
C’est le point souvent négligé… jusqu’au jour où on en a vraiment besoin. Toutes les assurances ne couvrent pas la grossesse de la même manière.
À vérifier avant de partir :
- Jusqu’à quelle semaine de grossesse êtes-vous couverte ?
- Les complications de grossesse (saignements, menace d’accouchement prématuré, hypertension) sont-elles incluses ?
- Les frais de prématurité pour le bébé à l’étranger sont-ils pris en charge (et jusqu’à quel plafond) ?
- L’assurance annulation couvre-t-elle un arrêt de travail ou une contre-indication médicale au voyage liée à la grossesse ?
Dans certains pays (États-Unis, par exemple), un accouchement prématuré peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros. À prendre en compte dans votre choix de destination et dans la formule d’assurance.
Précautions à prendre pour voyager enceinte en avion
Une fois le feu vert médical obtenu et le billet réservé, vous pouvez réduire les inconforts et risques avec quelques gestes simples.
Avant le vol
- Demandez un certificat médical si vous êtes au troisième trimestre, même si la compagnie ne l’exige pas explicitement. En cas de doute à l’embarquement, il peut vous sauver le voyage.
- Prévoyez des bas de contention (généralement classe 2) si le vol dépasse 3–4 h, ou si vous avez des facteurs de risque (antécédent de phlébite, surpoids, etc.). Votre médecin peut les prescrire.
- Choisissez si possible un vol direct plutôt que plusieurs correspondances, pour limiter la fatigue et les heures assise.
- Sur la réservation, essayez d’obtenir un siège côté couloir pour pouvoir vous lever facilement.
- Prévoyez dans votre bagage cabine :
- votre dossier de grossesse (ou au moins un résumé : carnet, dernières échos, contacts médicaux),
- de quoi grignoter (biscuits, fruits secs) pour éviter les malaises liés à la faim,
- une bouteille d’eau (achetée après le contrôle),
- des vêtements confortables, qui ne serrent pas le ventre.
Pendant le vol
- Levez-vous et marchez 5 à 10 minutes toutes les heures si possible, surtout sur les longs trajets.
- Faites régulièrement des mouvements de cheville (flexion–extension, rotations) en étant assise.
- Hydratez-vous : un verre d’eau par heure est une bonne base.
- Évitez l’alcool et limitez café et sodas caféinés, qui déshydratent.
- Attachez-vous toujours pendant le vol, même quand le signal est éteint, en plaçant la ceinture sous le ventre, au niveau du bassin.
- N’hésitez pas à demander de l’aide au personnel de bord si vous avez un malaise, des douleurs inhabituelles ou des contractions rapprochées.
Après le vol
- Si vous avez un long transfert (bus, voiture), faites des pauses régulières pour marcher.
- Surveillez :
- les douleurs dans un mollet (douleur, chaleur, rougeur, gonflement),
- les contractions régulières,
- les saignements ou la perte de liquide clair.
- En cas de doute, ne restez pas seule : consultez un médecin sur place ou appelez votre assurance pour être orientée vers un service adapté.
Vol court, moyen ou long-courrier : faut-il faire une différence ?
On ne prépare pas un Paris–Marseille de la même manière qu’un Paris–La Réunion à 32 SA. Là encore, être réaliste aide à faire les bons choix.
Vols courts (moins de 2 heures)
- En général, bien tolérés, surtout au premier et deuxième trimestre.
- Idéals si vous devez voir de la famille, régler une démarche administrative ou profiter d’un week-end proche.
- Les risques de phlébite restent faibles mais les bas de contention restent une bonne idée si vous êtes déjà sujette aux jambes lourdes.
Vols moyens (2 à 5 heures)
- C’est souvent le format des vols européens ou vers le Maghreb.
- À partir de 28 SA, il est utile de :
- discuter avec votre médecin,
- prévoir bas de contention,
- être disciplinée sur les levers et l’hydratation.
- Question à se poser : « Si j’ai un problème sur place, l’accès aux soins est-il facile, abordable, et dans une langue que je maîtrise ? »
Longs courriers (> 5–6 heures)
- C’est là que les médecins deviennent plus prudents, surtout au troisième trimestre.
- Les risques de phlébite et de fatigue importante augmentent.
- Les fuseaux horaires peuvent jouer sur votre sommeil, vos contractions, votre niveau d’énergie.
- À partir de 28–30 SA, beaucoup de professionnels de santé vous diront qu’un long-courrier :
- peut se discuter si tout est parfait et la destination très médicalisée,
- est souvent à éviter si la grossesse est un peu fragile.
Quelques situations concrètes pour vous aider à trancher
Pour rendre tout cela plus parlant, voici quelques scénarios typiques que les voyageuses partagent souvent.
- Vous avez 18 SA, grossesse simple, aucun antécédent, et vous voulez partir 4 jours à Lisbonne (2h30 de vol) :
- Avec l’aval de votre médecin, le projet est généralement raisonnable.
- Préparez bas de contention, siège couloir, assurance santé, et choisissez un hébergement central pour limiter les transports sur place.
- Vous avez 30 SA, jumeaux, et vous rêvez d’un voyage de 10 heures vers l’Asie :
- La plupart des médecins seront très réservés, voire défavorables.
- Renseignez-vous aussi sur la politique de la compagnie (grossesse multiple) et l’assurance. Dans beaucoup de cas, il sera plus raisonnable de reporter ce type de voyage à plus tard.
- Vous avez 34 SA, grossesse simple, sans complication, et devez impérativement prendre un vol intérieur d’1h pour un déménagement :
- C’est jouable si le médecin valide, mais il faudra accepter l’idée qu’un imprévu (contractions fortes, début de travail) peut tout faire basculer.
- Ayez toujours un plan B médical à l’arrivée (maternité repérée, dossier dans votre sac cabine, assurance à jour).
Comment discuter de votre voyage avec votre médecin ou sage-femme
Pour obtenir un avis clair, arrivez en consultation avec des infos précises :
- Dates exactes du voyage.
- Durée des vols (aller et retour).
- Destination (pays, ville) et type de séjour (ville avec hôpital proche, voyage itinérant, zone isolée…).
- Vos antécédents (fausse couche tardive, phlébite, hypertension, prématurité, etc.).
Les questions utiles à poser :
- « Y a-t-il, selon vous, une contre-indication médicale à ce voyage compte tenu de ma grossesse ? »
- « Jusqu’à quelle date conseillez-vous de ne plus prendre l’avion ? »
- « Dois-je porter des bas de contention ? Faut-il envisager un traitement préventif particulier (ex : anticoagulant) ? »
- « Quels signes d’alerte devraient m’amener à consulter en urgence sur place ? »
N’hésitez pas à demander un compte-rendu écrit (même simple) à glisser dans votre sac cabine, surtout si vous voyagez à l’étranger.
Voyager enceinte n’est pas forcément incompatible avec l’avion, mais c’est un sujet où l’improvisation n’a pas sa place. En croisant l’avis de votre médecin, les conditions de la compagnie, la réalité de votre destination et les précautions listées ici, vous aurez tous les éléments pour décider si ce vol est un coup de pouce à votre bien-être… ou un stress inutile pour les dernières semaines avant l’arrivée du bébé.














